Le ministère de la Culture publie les résultats d’une étude sur le partage entre producteurs phono et artistes-interprètes

July 5, 2017

Le Ministère de la Culture vient de publier une synthèse de l’étude que la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) avait confiée en novembre 2015 au cabinet Bearing Point sur la répartition des rémunérations entre producteurs phonographiques et artistes-interprètes. Il aura fallu attendre 20 mois pour avoir les conclusions de cette étude prévue par le protocole d’accord du 2 octobre 2015 (à l'issue de la mission menée par Marc Schwarz) pour un développement équitable de la musique en ligne, « afin de disposer, sur cette question très sensible, d’un diagnostic partagé par tous ».

 

Le partage de la valeur y a été analysé à partir des contrats d’un échantillon d’albums (127 nouveautés commercialisés en 2014) censés refléter la diversité de la production phonographique, avec une méthodologie définie sous l’égide d’un comité de pilotage associant producteurs (SNEP, UPFI, FELIN) et artistes (Adami, GAM). « C’est justement la définition de la méthodologie, objet de longues discussions qui expliquent le retard pris dans la conduite de cette étude. Ces échanges, qui reflètent la complexité du sujet, ont notamment porté sur le périmètre de l’étude, la construction de l’échantillon, la prise en compte ou non des revenus du back catalogue, la protection du secret des affaires et, plus fondamentalement, la notion même de partage de la valeur qui renvoie à la fois au partage des recettes d’exploitation et au partage des bénéfices. » précise le ministère.

 

Les limites de la méthodologie…

 

Chacun des albums pris en compte a fait l’objet d’une double analyse portant sur les dispositions contractuelles encadrant la rémunération des artistes-interprètes (taux, assiettes, abattements, avances) et sur les flux financiers (coûts de production et de promotion, et revenus issus de l’exploitation jusqu’en juin 2016). Mais on ne sait quel enseignement tirer des résultats présentés que le ministère lui-même incite à interpréter avec précaution, compte tenu justement de nombreuses limites méthodologiques.

 

L’étude distingue les albums produits par des producteurs indépendants (TPE et PME) et ceux produits par les majors (les deux échantillons ont été construits selon des méthodologies différentes, ce qui empêche d’agréger les résultats). Les albums analysés sont régis par des contrats plus ou moins anciens (tous antérieurs à 2014) qui ne reflètent pas toujours la réalité des pratiques actuelles. L’analyse se limite à l’exploitation des albums (sur une période de 18 à 30 mois après leur commercialisation) sans prendre en compte les revenus du back catalogue (qui contribuent à l’équilibre du modèle économique des producteurs) ni l’exploitation des catalogues internationaux.

 

La rentabilité des projets est évaluée en prenant en compte un taux forfaitaire de frais généraux, estimé par le SNEP et l’UPFI à 31,9 % des revenus que les producteurs tirent des ventes physiques et digitales. Un taux forfaitaire estimé à 28% par la GAM et l’ADAMI a été appliqué à la rémunération des artistes. Enfin, l’assiette de calcul des redevances diffère selon que le producteur s’autodistribue ou non. En cas de distribution par un tiers, ce qui est en général le cas pour les producteurs indépendants, l’assiette est nette des coûts de distribution, ce qui n’est pas le cas des majors qui sont toutes autodistribuées. Les taux des deux études ne sont par conséquent pas directement comparables.

 

Les revenus des artistes en contrat d’exclusivité

Une production déficitaire ?

 

Selon l'analyse financière, le taux de marge des producteurs indépendants sur les nouveaux projets s’élève en moyenne à -18,3%. Les revenus des artistes (avances non recoupées et cachets compris) correspondent en moyenne à 13,3% de l’ensemble des revenus producteur (aides comprises) et à 24,4 % du chiffre d’affaires issu de l’exploitation de l’album (hors aides perçues), soit respectivement 9,6% et 17,5% après prise en compte des frais généraux de l’artiste.

 

Pour les majors, le taux de marge sur les nouveaux projets s’élève en moyenne à -41,4%. Les revenus des artistes (avances et cachets compris) correspondent en moyenne à 13,2% de l’ensemble des revenus producteurs (aides comprises) et à 17,3% du chiffre d’affaires issu de l’exploitation de l’album (hors aides perçues), soit respectivement 9,5% et 12,4% après prise en compte des frais généraux de l’artiste.

 

Une observation à améliorer et actualiser

 

Si l’étude apporte un éclairage précieux et inédit sur les pratiques contractuelles et la répartition des flux financiers entre producteurs et artistes, elle ne constitue qu’une photographie d’une réalité économique à un instant précis et « mériterait d’être actualisée afin d’identifier les transformations à l’œuvre dans un secteur dont les modèles économiques évoluent rapidement », indique le ministère, en estimant qu’il serait intéressant d’évaluer les effets de la dynamique plus récemment observée sur les revenus du streaming qui s’approchent aujourd’hui de ceux du physique. Et de rappeler que l’étude ne saurait épuiser à elle seule la question complexe du partage de la valeur, qui renvoie aussi au partage des revenus entre services de musique en ligne, plateformes numériques et ayants droit. Pour la rue de Valois, ce constat « confirme l’intérêt d’une meilleure structuration de l’observation économique de la filière musicale ».

Please reload

Posts récents
Activités & Services
Conseil - Coaching - Coordination de projets - Accompagnement d'artistes - Formations - Gestion de campagnes de crowdfunding - Etudes - Modération de Conférences - Média-training - Organisation et animation d'événements professionnels...
Voir le site www.gildas-lefeuvre.com.
Please reload

Archives
Liens

ADAMIBUREAU EXPORTCISACCNVCSDEMEIFEIL • FCMGAMGESACIFPI IMPALA IMMFIRMA MaMAMIDEMMMFFPRODISSSACEMSCPPSNACSNEPSPEDIDAMSPPFTPLMUNACUPFIZONE FRANCHE.

Journaliste spécialisé et observateur privilégié de l’industrie musicale et de ses mutations depuis plus de vingt ans, mais pas que…  S’est positionné depuis plusieurs années comme « accélérateur de (music)business ». En savoir plus.

Blog de Gildas Lefeuvre
S'abonner

Inscrivez-vous à mes listes d'envoi pour recevoir la newsletter GL Connection adressée par mail à plus de 20 000 professionnels et ne rien rater d'essentiel de l'actualité du secteur Musique. Voir en bas de page.

Please reload

Contacter GL Connection
Pour les archives antérieures, vous pouvez aussi consulter mon précédent blog www.reseauglconnection.com, qui n'est plus actualisé mais reste toujours accessible, avec plus de 2 500 articles publiés depuis 2006.

© Gildas Lefeuvre 2018

  • Facebook Social Icon
  • Twitter Social Icon